Au commencement selon la mythologie, les Sâmes vivaient parmi les dieux de la Nature, avec pour père le Soleil et la Terre pour mère. Puis le Vent, qui de son souffle façonne les saisons et décide de l’opulence ou de la famine, devient à l’instar de la Lune et du Tonnerre l’une des divinités les plus vénérées. Arrivées il y a 8.000 ans environ d’Asie centrale jusqu’au golfe de Finlande, les Sâmes sont remontés progressivement vers les régions polaires au rythme de la déglaciation pour suivre le gibier. Cette minorité, qui compte près de 75.000 personnes, est disséminée sur un territoire aussi vaste que la France à cheval sur les régions septentrionales de la Norvège, Suède, Finlande et Russie (péninsule de Kola). Depuis ces temps reculés, les Sâmes ont fait la preuve d’un véritable génie de la survie pour affronter l’hostilité des éléments naturels de cette région où le renne apparaît comme un partenaire vital. Au 17ème siècle, les Sâmes passent du statut de chasseur-nomade à celui d’éleveur-nomade en raison du déclin du gibier, et en particulier du renne sauvage.
Jusqu’au milieu du 20ème siècle, cet animal a fourni à l’homme tout ce dont il avait besoin quotidiennement: la nourriture, l’habillement et la force de traction pour circuler dans la toundra. La diffusion du progrès technique depuis les années 50, entraînant de profondes mutations socio-économiques au sein de cette minorité, met en danger les traditions séculaires des Sâmes. La pérennité de leur identité culturelle dépend essentiellement de l’avenir réservé à l’activité de l’élevage du renne. Or celle-ci ne concerne aujourd’hui plus que 10% de ce groupe, et chaque année de nombreuses exploitations sont liquidées faute de viabilité économique, et souvent avec le concours financier de l’Etat qui souhaite renforcer la dépendance de cette population aux subsides publics. Sous la pression de l’économie monétaire, l’élevage est passé d’un mode extensif à intensif, tourné dorénavant vers l’engraissage des bêtes à boucherie et portant en lui les gènes de sa prochaine disparition.
Ainsi la fragilité de l’environnement et le long cycle de renouvellement des pâturages (le lichen met 20 ans à parvenir à maturité) ne peuvent s’accommoder des nouvelles normes de l’élevage imposant rendement et mécanisation. Après des siècles de colonisation, de spoliation et de tentatives d’acculturation, les Sâmes luttent depuis les années 1970 pour la reconnaissance de leur particularisme culturel et de leur droit originel à « la terre et l’eau ». A cette fin, ils se sont constitués en organisations politiques nationale et pan-nordique afin que leur voix soit désormais entendue lorsque des projets d’urbanisation et d’exploitation de ressources naturelles (mines, sylviculture, énergie hydroélectrique) sont susceptibles de mettre en péril leur mode de vie (élevage, pêche et chasse), et plus généralement leur patrimoine culturel.