Parmi les 26 « Petits Peuples du Nord » qui rassemblent près de 185.000 individus sur 58% de la superficie de la Russie, les Nénètses (littéralement « les vrais hommes » en langue nénètse) constituent la minorité la plus nombreuse avec 35.000 individus environ. Rattachés au groupe des Samoyèdes, ils seraient arrivés il y a plus de 5.000 ans en provenance des Monts Sayan, aux sources du fleuve Ienissei proches de la Mongolie. Originellement chasseurs et pêcheurs, ils développent une renniculture nomade à partir du 17ème siècle. Dans les années 20, les Bolchéviques imposent de manière coercitive la collectivisation des troupeaux, la disparition des chaman et plus généralement la sédentarisation et l’acculturation de ce peuple indigène. C’est l’époque du « Traîneau rouge » qui semait la terreur dans la toundra. De l’avis de tous les scientifiques et observateurs, les Nénètses de Sibérie occidentale sont reconnus pour avoir le mieux réussi à conserver leur mode de vie ancestral en dépit des nouvelles règles économiques et sociales imposées par le régime communiste. Au début des années 2000, il ne reste plus 900 familles perpétuant l’élevage traditionnel dans la péninsule de Yamal (le « Bout du monde » en nénètse), pour la plupart en brigades émanant de trois anciens sovkhoz
Or la pérennité de cette tradition pastorale se trouve menacée par plusieurs dangerss depuis quelques années. Cela a commencé par l’insuffisance croissante de pâturages pour cause de troupeaux surpeuplés, conséquence d’un mode d’élevage plus productiviste apparu après la chute de l’URSS. Puis cette raréfaction des pâturages d’été s’est aggravée à l’occasion du démarrage de l’exploitation du gisement gazier de Bovanenkovo (1/4 des réserves mondiales de gaz) engendrant une urbanisation et une pollution qui ravagent l’environnement et coupent les trajets de migrations. Les compagnies gazières ont trouvé une parade à ces effets négatifs pour l’élevage des rennes: acheter la sédentarisation des bergers en leur faisant miroiter une vie meilleure et plus confortable au village à coups d’allocations et de cadeaux divers. Mais il y a surtout le changement climatique, danger plus insidieux et difficilement réversible dans les conditions actuelles, qui bouleverse dramatiquement le fragile écosystème des régions arctiques, qui tue lentement cette terre nourricière que les Nénètses appellent lamina.
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